Peau Rouge

09/06/2016 10:17

    J'habite depuis peu dans un immeuble se situant dans une petite ville, j'ai déménagé à la suite d'un douloureux divorce, et je me retrouve là, tout seul.
On m'a tout pris, il ne me reste que mon boulot et mes rares amis comme collègues qui me soutiennent à peine. J'avais rencontré quelques uns de mes voisins, mais sans plus, à vrai dire, je ne suis pas vraiment souriant et intéressant, je les comprends.


    J'habite au rez-de-chaussée de cet immeuble, pourtant, d'autres personnes de l'immeuble habitaient en dessous de moi, oui, au sous-sol. Je trouvais ça bizarre de laisser des gens habiter des endroits peu accueillants comme des caves, mais je pensais aux cas sociaux et aux personnes avec un salaire misérable qui ne pouvait pas se procurer un meilleur foyer, encore heureux que j'en avais un assez respectable. Le soir, j'entendais des bruits venant du sous-sol, des rires faibles, des bruits d'eaux ou autres choses, ça me paraissait bizarre. Plus tard dans la soirée, un cri se fit entendre, un cri de douleur et de désespoir. Il venait du sous-sol, un frisson me parcourut le long de l'échine. Pourtant, peu après, je crus entendre un rire, à peine audible, je me réconfortais en pensant que cette scène morbide qui avait commencé à se construire dans ma tête avait pris fin.


    Quelques jours plus tard, curieux de savoir à quoi ressemblait ces fameux sous-sols, je décidais de prendre mon après-midi pour les visiter.
La porte menant à ces endroits se situait à côté de l'accueil, mais celui-ci était désert, tant mieux. Arrivé à la porte, je collais mon oreille, je ne sais pas si je me prenais pour un voleur ou un espion, mais je me sentais ridicule d'avoir fait ça, comme si c'était illégal de rentrer à l'intérieur.


    Je poussais donc la porte et découvrais des escaliers plongeant dans le noir quasi total, je remarquais un vieil interrupteur sur le côté mais l'ampoule semblait ne pas fonctionner, dommage. Je descendais les escaliers prudemment, chaque marche semblait craquer sous mes pas, je retenais ma respiration, me voulant le plus discret possible. Arrivé en bas, mes pieds étaient plongés dans une eau glaciale et puante, je remontais sur la première marche, dégoûté. Je décidais après quelques minutes de redescendre dans cette eau répugnante, mes chaussures étaient déjà fichues, autant aller jusqu'au bout du sous-sol, de toute manière, je vais m'ennuyer chez moi...


    Je replongeais donc mes pieds dedans, elle m'arrivait au niveau du mollet, la progression n'allait pas être simple. Une légère lueur s'échappait d'une porte entrouverte se situant au bout du couloir, l'eau semblait aussi provenir de là.


    J'avais rejoins la porte d'où venait la lumière, c'était un appartement, mais quel appartement ; les murs étaient extrêmement écaillés, les meubles étaient pourris et une odeur de moisi, pire que celle du couloir, émanait du salon. Cet endroit avait été conçu rapidement et aussi sans doute clandestinement, pour arrondir les fins de mois de la propriétaire de l'immeuble. Un bruit d'eau qui coulait abondamment se faisait entendre d'une pièce à gauche du salon, la salle de bain, pensais-je. Je rejoignais la source du bruit et y découvrais quelque chose aussi immonde qu'inimaginable : Un homme, de corpulence et apparence basique, flottait dans sa baignoire et présentait des dizaines de trous de la taille d'une bille sur toutes les parties visibles de son corps. Sa peau était aussi étrangement rouge, comme un rouge clair... Je me rapprochais doucement pour arrêter le robinet et l'homme ouvrit les yeux pour se débattre d'un mal invisible, je remarquais des gros vers nageant dans l'eau noire et poisseuse de la baignoire. Le « cadavre », en s'agitant comme un poisson hors de l'eau, réussit à m'éclabousser au visage et à renverser la totalité de l'eau par terre. Je m'en allais en courant, entendant les cris horribles de l'homme vivant ses derniers instants.


    Je m'enfermais chez moi, horrifié, ne croyant aux événements vécus. Durant plusieurs jours, je ne me rendais plus au travail, disant que je ne me sentais pas très bien. Je me rendais ensuite dans ma salle de bain, j'étais fiévreux, je pensais qu'un peu d'eau fraîche sur le visage me ferait du bien. Devant le miroir, je découvrais un visage rouge, des yeux éclatés entourés de cernes sombres et des cheveux gras. Je restais là, contemplant mon visage dévasté par une maladie qui m'était inconnue. Un mal de ventre me fit pousser un petit gémissement plaintif, je soulevais mon T-shirt, dévoilant des petits trous dissimulés un peu partout sur mon corps. Je tombais par terre, criant de toute mes forces. Un ver se dégagea de mon ventre, tombant par terre en faisant un bruit dégoûtant.


    Plus les jours passaient, plus les trous se multipliaient, plus mon corps devenait rouge vif, je devenais fou à m'en arracher les cheveux. J'en pleurais tous les jours, ne voulant pas finir comme l'homme du sous-sol. La nuit, je me réveillais, me rendant compte que j'étais debout, dans la salle de bain, avec tout les robinets ouverts, ils utilisaient mon corps pour installer leur milieu d'origine, l'eau.


    L'appartement inondé, personne ne semblait s'en préoccuper, je ne recevais aucun appel, je décidais, désespéré, de me rendre dans ma baignoire, couteau à la main. Je ne voulais pas souffrir de durée indéterminée dans une eau contaminée. Torse nu, je plongeais, l'eau rendue presque noire grouillait de ces vers aquatiques. Je levais les yeux au plafond, sortais ma main droite de l'eau, puis la gauche, tenant le couteau pour m'entailler le poignet. Triste fin vous diriez-vous, oui, quelle fin de merde...

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